Henry : "J'écris mon histoire

Publié le par Kayla

Thierry Henry est entré dans la légende en devenant le meilleur buteur de l'histoire d'Arsenal avec 186 réalisations. Le successeur de Ian Wright revient sur son incroyable parcours chez les Gunners et en profite pour remercier Wenger, Tigana ou Puel. Mais il ne devrait pas en rester là. Interview !
 

THIERRY HENRY, qu'as-tu ressenti lorsque tu as inscrit ce 186e but ?

T.H. : Au début, je ne pensais à rien. Je pense à marquer pour mettre l'équipe à l'abri. Je reçois le ballon, je le contrôle, je l'emmène d'un côté pour terminer de l'autre. Et quand je vois la balle rentrer, sans mentir, je me dis pendant une fraction de seconde : "Je ne l'ai pas fait à Highbury". Sur le moment, j'ai vraiment regretté de ne pas l'avoir fait à Highbury parce que ça aurait été vraiment extraordinaire. Beaucoup de gens m'ont téléphoné notamment Ian Wright. C'était l'appel le plus surprenant pour moi. J'ai beaucoup apprécié ça d'ailleurs. Quand je suis arrivé à Arsenal, Arsène Wenger m'a donné une cassette vidéo des buts de Ian Wright et il m'a dit : "Voilà ce que tu dois faire". J'aime les défis. En regardant, je n'ai jamais pensé qu'un jour je battrais ce record. C'est vraiment extraordinaire.

En quoi t'es-tu inspiré de Ian Wright ?

T.H. : Comme chez des joueurs comme Trezeguet, Owen ou Shearer, ce qui est impressionnant, c'est sa capacité à rester concentré sans toucher le ballon tout le match. Moi, c'est vrai que j'ai besoin de toucher le ballon. Si je n'ai pas touché le ballon au bout de cinq minutes, je vais la réclamer. Je regardais les cassettes de Ian Wright mais je ne sais pas si j'ai copié. Quand je regarde un match, même de L2, j'essaye surtout de voir comment un attaquant gagne son duel. Mais le fait de jouer avec des gens comme Bergkamp, Kanu, Wiltord, Petit, Vieira ou Overmars, ça a aussi été plus facile. Sans de bons joueurs, un attaquant n'est rien.

Quel a été le rôle d'Arsène Wenger dans ta réussite ?

T.H. : Il m'a fait un sacré cadeau en me faisant débuter ma carrière à Monaco puis en la relançant encore une fois en me faisant venir à Arsenal. On fêtera son anniversaire et mon record en même temps. C'est comme un symbole. J'ai toujours parlé d'Arsène en bien. Il m'a fait commencer à 17 ans. Puis il m'a fait revenir ici avec lui, fait travailler et devenir ce que je suis aujourd'hui. Mais il y a aussi d'autres personnes qui sont à l'origine d'un part de ce succès. Je pense par exemple à Jean Tigana. A l'époque où, en étant parfois têtu car je ne maîtrisais pas le milieu du football à 19-20 ans, il m'a vraiment bien recadré. Il m'a mis sur de bons rails. Je voudrais aussi remercier Claude Puel qui m'a fait manger des séances d'entraînement. Cet enroulé de l'extérieur de la surface que j'ai, c'est avec lui que je le travaillais à la fin des entraînements face à Porato ou un autre gardien. Et crois-moi que les deux ou trois premiers mois, les ballons partaient souvent très loin du but. Même si je ne les ai pas connu longtemps, des gens pour Marcelo Lippi ou Carlo Ancelotti m'ont aussi beaucoup apporté.

Pourtant à ton arrivée tu jouais plus ailier ?

T.H. : Chez les jeunes, je jouais avant-centre et je marquais beaucoup de buts. Mais ensuite j'ai débuté sur l'aile à Monaco, donc je marquais moins. Vous savez, vous pouvez perdre le chemin du but mais en travaillant vous le retrouvez toujours. Alors passer dans l'axe quand je suis arrivé à Arsenal, c'était un vrai pari pour moi. Mais je vous l'ai dit, j'aime les challenges. J'avais du mal au début. Et puis un jour, lors du jubilé de Lee Dixon contre le Real Madrid, j'étais dans les tribunes parce que j'étais blessé. J'étais assis à côté de Martin Keown. Et il m'a dit: "Regarde Wrighty (Ian Wright), il ne va pas plus vite que toi, il n'est pas plus grand que toi, mais regarde son placement, regarde les appels qu'il fait".

Tu te sens davantage buteur ou passeur ?

T.H. : Parfois, je prends plus de plaisir à donner un but qu'à le marquer. Pendant longtemps, on m'a jugé uniquement en tant que buteur. Mais un attaquant, ça n'est pas seulement ça. Les critiques que Didier Drogba peut recevoir en Angleterre, je trouve ça lamentable. Peut-être qu'il marque un peu moins de buts qu'un autre attaquant mais, pour moi, ce qu'il fait c'est tout à son honneur. Se battre devant tout seul, c'est extraordinaire. On ne voit pas que c'est lui qui ouvre les brèches. Piquionne à Saint-Etienne, c'est pareil. On parle toujours des buteurs mais il ne faut pas oublier les gars comme ça. C'est dommage d'un buteur ne soit jugé que par ses buts. Peut-être que le fait d'avoir joué sur l'aile m'a fait réfléchir. L'attaquant n'aime pas partager. Mais quand tu joues sur le côté et que tu te mets en quatre pour redresser un ballon, tu réalises que c'est un effort d'équipe.

Tu penses parfois au Ballon d'Or ?

T.H. : Non, franchement non. J'ai toujours dit et je le dirai toujours : je n'ai pas compris comment c'était possible que ce ne soit pas un joueur de l'équipe de France qui ait eu le Ballon d'Or après l'Euro 2000. Je ne comprends pas non plus comment un joueur comme Raul ne l'a pas gagné. Je suis à Arsenal pour gagner des titres avec mon équipe. Si ça vient, je prends mais je ne me focalise pas là-dessus. Quand j'ai commencé à jouer au football, je ne visais pas le Ballon d'Or. Je rêvais de gagner un jour la Coupe du monde. Le reste, ça ne reste que des votes.

A une époque, tu disais qu'il faudrait que tu souries un peu plus après avoir marqué pour faire plaisir à ces personnes...

T.H. : Les gens ont du mal à comprendre ça. C'est dommage mais je le ferai toujours. Je me réfère toujours à Michael Jordan qui était une grande légende du sport. J'ai rarement vu Jordan rigoler dans les moments décisifs ou lorsqu'il marquait le panier de la victoire au buzzer. Je l'ai vu mâchoire et poing serrés parce qu'il montrait son envie. C'était un gagneur. Ça ne m'a jamais choqué. Il n'y a rien de méchant mais c'est comme ça. Je n'aime pas perdre. La première réaction d'un attaquant, ça devrait être de dire merci à celui qui lui a donné un caviar. Quand je vois quelqu'un partir à l'opposé en croyant qu'il a fait quelque chose d'extraordinaire, ça me fait rire ça par contre.

Sauf en Irlande où tu as laissé exploser ta joie...

T.H. : Le but que j'ai marqué Irlande, c'était un soulagement de tout ce qui s'était passé depuis un an et demi. C'est normal. Je sais très bien que je n'avais pas été à la hauteur des prestations que tout le monde attendait. Ça faisait un an et demi que je jouais diminué par des blessures qui me contrariaient. L'équipe de France ne jouait pas très bien. On savait qu'il fallait qu'on fasse un résultat quelque part. Donc tout est sorti. C'est comme une petite boule dans l'estomac qui est sortie.

Selon Arsène Wenger, tu possèdes encore 20 % de tes capacités non exploitées. Quels sont tes prochains objectifs ?

T.H. : C'est bien qu'il pense ça. Ça prouve que j'ai encore une marge de progression. Mais je ne m'arrête jamais sur ce que j'ai fait. Je ne suis jamais satisfait de ce que j'ai. J'essaye toujours d'avancer. Je vais essayer de les chercher ces 20 %. Comme tout le monde, j'ai des choses à améliorer. Personne n'est parfait. J'écris les pages de mon livre. J'essaye d'y ajouter des pages au fur et à mesure. Des bonnes mais aussi des mauvaises. Mais je ne me fixe pas d'objectifs. Jamais. J'essaye juste d'arriver au match et de donner le maximum. Il faut prendre ça au fur et à mesure.

Parmi ces 186 buts, si tu devais en choisir un, lequel serait-ce ?

T.H. : C'est difficile. Je pense que le but dont tout le monde se souvient, c'est celui contre Manchester United quand je frappe et que je lobe Fabien (Barthez) en me retournant. Il y aussi la talonnade contre Charlton. Le but contre Liverpool où on perdait 2-1 à la maison et où on gagne 4-2. L'équipe n'était pas bien parce qu'on venait de jouer quatre matches en huit jours et on avait perdu contre Chelsea. Donc ce but du 3-2 était important. Je n'ai jamais entendu Highbury comme ça. Ça a été un soulagement.

Au sujet de l'équipe de France, que penses-tu de la polémique autour du match France-Costa Rica organisé en Martinique ?

T.H. : Il y a eu la même polémique quand on a dû aller jouer en Australie. Mais, pour moi, il ne devrait pas y avoir de polémique dans le sens où c'est un département français. Donc on va jouer en France même s'il faut faire sept heures d'avion. Deuxièmement, c'est pour une bonne cause. Et troisièmement, ça reste un match de préparation pour une Coupe du monde. J'ajouterais aussi que ça restera quelque chose d'historique pour le peuple antillais qui a beaucoup donné au sport français, pas seulement au football. Aller là-bas, c'est encore plus fort. Et puis même si ça n'était pas pour la bonne cause, où serait le problème ? Et je ne nie pas que je suis content car je vais retrouver mon île, celle où ma mère est née.

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Publié dans News sur Titi

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