Henry : «l'unanimité? Impossible»
Interrogé par L'Equipe TV dans la foulée de son quatrième trophée de joueur français de l'année décerné par "France Football", Thierry Henry fait le point, à 28 ans, sur sa carrière et sa saison à Arsenal. Il refuse pour l'instant de se projeter sur un possible départ, mais il admet qu'il n'a pas vraiment le temps d'attendre que tous ses jeunes équipiers arrivent à maturité. « Thierry Henry, pour la quatrième fois en six ans, vous avez été élu meilleur joueur français par "France Football"... Ça fait extrêmement plaisir, d'autant plus que je suis devant "Greg" Coupet qui, à mon avis, méritait aussi de le gagner. C'est une forme de réconfort après avoir vu une nouvelle fois le Ballon d'Or vous échapper ? Oh non ! En 2005, j'ai raté pratiquement quatre mois, deux mois en début de saison, et deux à la fin la saison dernière, donc... Et puis, "Ronnie" (Ronaldinho) , le gars qui a gagné le Ballon d'Or, il le mérite amplement. En 1996, vous étiez élu révélation de l'année par "France Football". Cela fera dix ans l'année prochaine. Imaginiez-vous une telle trajectoire ? Non, parce que c'est toujours dur de confirmer. Surprendre les gens, c'est assez facile, mais confirmer, c'est un autre travail. Dix ans ? Ça fait bizarre de repenser à ça. Le chemin a été long, et ça représente surtout beaucoup de travail. Votre histoire d'amour avec Arsenal vous a conduit à deux titres de champion, trois titres de meilleur buteur du championnat, deux titres de meilleur joueur de Premier League... Vous êtes entré dans l'histoire du club, notamment en dépassant Ian Wright, en êtes-vous vraiment conscient ? Toujours pas vraiment. J'essaye de continuer justement à... écrire l'histoire. Avoir dépassé le record de Ian Wright, ça m'a un peu montré où je me situais au niveau du club. J'étais vraiment content d'y parvenir, mais les gens étaient encore plus contents que moi. En équipe de France, vous avez inscrit 31 buts depuis vos débuts. Vous êtes le meilleur buteur français en coupe d'Europe. Etes-vous toujours énervé quand vous entendez que les défenses anglaises sont plus faibles qu'ailleurs ? Non, plus vraiment, parce que les gens aiment bien parler... Je vois pas mal de joueurs venir en Angleterre, issus de championnats différents, et avoir du mal à trouver leurs marques. Je dis juste qu'il n'y a pas de science exacte. Un joueur, s'il a de la qualité, il peut éventuellement être bon dans tous les championnats. Certains championnats sont peut-être plus adaptés à certains joueurs que d'autres, mais c'est de bonne guerre. C'est comme ça. Avez-vous l'impression que pour faire l'unanimité, il vous faudra marquer un but en finale de Ligue des Champions, ou de Coupe du monde ? Non. Je vois toujours des gars comme Chevtchenko se faire allumer. "Zizou", de temps en temps, se fait un peu critiquer. Idem pour Maradona quand il jouait. Faire l'unanimité, c'est impossible. Je pratique un sport "co", donc si j'avais voulu avoir tout ça, j'aurais fait un sport individuel. Quand je rentre sur un terrain, je me dis que je vais faire le maximum pour aider l'équipe, pas pour moi, pas pour me dire "ah j'espère que là qu'ils ne vont plus dire ça" ... Non, franchement, non. Revenons à l'actualité. Il y a à Arsenal des joueurs comme Fabregas, comme Van Persie, qui représentent l'avenir du club. Patrick Vieira est parti. A 28 ans, avez-vous encore le temps d'attendre que ces jeunes arrivent à maturité ? Quelque part, on n'a jamais le temps d'attendre. Je me disais ça déjà quand j'avais 17, 18, 19 ans. Il y a énormément de qualité dans le groupe, mais elle n'est pas encore bien exploitée. Ça va prendre un peu de temps, mais moi j'ai toujours un état d'esprit du type " il faut jamais attendre" . Je reconnais que ça a été comme ça depuis le début. J'espère que ces jeunes-là pourront arriver à maturité le plus vite possible. Vous ne pensez jamais : "J'ai fait le tour de la question ici à Arsenal et je rejoins une équipe a priori plus forte, pour espérer une Ligue des champions ?" Non, j'entends pas mal de gens parler à l'heure actuelle. On s'intéresse à moi, ça fait plaisir, mais pour l'instant, ce n'est pas d'actualité. La saison est assez difficile en ce moment. La Ligue des champions arrive, et il va falloir se concentrer là-dessus avant de voir plus loin. Vous avez déclaré il n'y a pas longtemps : "A cause de la télévision, ou avec la télévision, les gens croient vous connaître." A quel niveau, à votre avis, les gens se trompent-ils sur vous ? Sur ce qu'ils pensent quand ils me voient marquer des buts, avec mon visage un peu fermé... Comme je dis souvent, j'ai grandi avec Michael Jordan. Je l'ai rarement vu marquer un panier au buzzer et rentrer dans les vestiaires avec un sourire. Je l'ai toujours vu rentrer avec le poing et le visage d'un gagnant rageur ! C'est un peu pareil, même si je peux comprendre cette réaction général. Moi le premier, quand je me revois, je fais : "Thierry, lâche un ou deux sourires !" Ce n'est pas une rage négative. Dans un sport, si tu n'as pas confiance en toi, encore plus quand tu es attaquant, si tu n'as pas confiance en tes capacités, il est inutile de rentrer sur le terrain. Mais, il ne faut pas confondre le fait d'avoir confiance en soi et l'arrogance, même si la frontière est ténue. On le voit souvent en boxe : un boxeur doit se donner confiance pour monter sur un ring ! Il le montre. Ça ne veut pas dire qu'il est arrogant. Je suis le premier à m'incendier quand je ne joue pas bien. Quand je rate un truc et quand vous voyez mon visage un peu fermé, je suis en train de me parler. » |