Interview Henry
Auteur du premier but face au Danemark (2-0), Thierry Henry souligne les progrès des Bleus par rapport au précédent match face au Mexique. Associé à Saha, le Gunner a été l’un des joueurs les plus en vue au Stade Bollaert. Mais il préfère s’attarder sur la rentrée remarquée de Franck Ribéry.
THIERRY HENRY, que retenez-vous de cette victoire face au Danemark (2-0) ?
T.H. : Ça n'était pas évident. Le Danemark joue très bien au ballon. Mais on a su être patient en défense et aussi de temps en temps en attaque. C'était important pour nous de gagner ce match. A part quelques cafouillages ou une tête à la fin que Fabien (Barthez) a su gérer, je pense qu'on n'a pas trop été mis en danger et qu'on a bien défendu. Mais on a aussi proposé des choses sur le plan offensif. Quant tu ne prends pas de but, tu peux éventuellement gagner un match. C'est ce qu'on fait à l'heure actuelle. Et on a su marquer les deux buts au bon moment. Ça nous a permis de pouvoir respirer à la fin.
On attendait une montée en puissance par rapport au match face au Mexique (1-0). Vous avez noté des progrès ?
T.H. : Oui, c'est de bon augure. Ça fait plaisir de jouer comme ça contre une équipe comme le Danemark. C'est une équipe qui n'est pas facile à manoeuvrer et qui nous avait fait beaucoup de mal en 2002. Ils ont essayé de nous faire déjouer mais on a réussi à garder la tête froide. On ne va s'enflammer mais on est content d'avoir fait une bonne prestation devant un très bon public lensois. Comme d'habitude, il a été extraordinaire. Ils nous ont poussés dès le début jusqu'à la fin. C'est ce qui devrait être la normalité.
Physiquement, l'équipe de France va-t-elle mieux ?
T.H. : Oui. Lors du match face au Mexique, que j'avais suivi depuis le banc, je peux vous dire que tout le monde était en dessous était en dessous de la moyenne en raison de la préparation que l'on venait de faire. On avait un peu forcé. L'ascension de la Grande Motte avait laissé des traces. Mais c'était aussi un bon exercice de défendre dans la douleur sur le plan physique. Aujourd'hui, on monte en puissance. Face au Danemark, il y avait un peu plus d'allant vers l'avant, toujours avec ce désir de bien défendre et de protéger le groupe. Physiquement, c'était mieux. On a pas mal combiné devant. C'est à mettre sur le compte de la fraîcheur physique.
Que faut-il encore améliorer avant le Mondial ?
T.H. : Tout ne peut pas être déjà parfait. On est encore en préparation. Mais c'est mieux d'enchaîner les victoires pour le moral. Il y a encore beaucoup de choses à peaufiner. Mieux défendre, mieux attaquer. Même quand tu joues pour le Brésil, on t'attend toujours au tournant donc il faut toujours travailler. Même quand tu fais un bon match, il y a toujours quelque chose qui n'est pas bon. Mais ce qui était important (hier) soir, c'était de bien ressortir le ballon et de développer de bonnes phases de jeu. Ça n'a pas toujours été évident mais il y a eu de bonnes séquences. C'est le genre d'opposition qui nous attend face à la Suisse ou la Corée.
Etes-vous satisfait de votre association avec Louis Saha ?
T.H. : Je pense que oui. P'tit Louis (Saha) aime aller au combat et aller gagner des ballons de la tête. C'est ce qu'il a fait sur le premier but. Il m'a bien dévié le ballon et ça a souri. Mais il a prouvé ces derniers temps dans le championnat anglais qu'il avait la carrure internationale. On a quatre attaquants dans l'axe qui ont cette carrure. A nous de bien savoir la gérer pour trouver la bonne doublette.
A titre personnel, comment vous-êtes vous senti ?
T.H. : Comme je le dis bien souvent : dès fois le but est là, dès fois le but n'est pas là. J'essaie toujours de donner le maximum, d'aller en profondeur, de jouer. J'essaye de mettre les autres dans les meilleures positions. J'ai essayé de délivrer quelques passes pour P'tit Louis ou pour Zizou. Malheureusement elles ne sont pas arrivées. Mais l'envie est toujours là.
Vous vous sentez à l'aise dans ce système à deux attaquants ?
T.H. : Il y a un système qui est en place, tu joues. Voilà. On essaie de s'adapter. J'ai déjà joué avec deux attaquants, j'ai déjà joué avec un seul attaquant... Après, c'est le coach qui fait ses plans. Je n'ai pas de préférence.
Avec ce 32e but en équipe de France, vous vous rapprochez du record de Michel Platini (41). Vous y pensez ?
T.H. : Si je pensais au record de Platini, j'aurais tiré le penalty. Je me serais chargé des coups francs, des corners, etc. Mais ça n'est pas mon truc. Pour moi, le plus important c'est l'équipe. Il faut qu'il y ait le plus d'attaquants possibles qui puissent faire trembler les filets avant d'aller en Allemagne. On ne sait jamais qui peut faire la décision là-bas. Ce serait de bon augure pour le Mondial. Ça voudrait dire que les buts peuvent venir de tous les côtés. C'est pour ça que Sylvain (Wiltord) a tiré le penalty. Comme ça, lui aussi, il a pu se mettre sur de bons rails.
On l'impression que vous avez pris encore plus d'importance dans cette équipe...
T.H. : J'espère que j'étais quand même déjà important avant. Mais si vous voulez dire que je suis plus important maintenant, dîtes-le.
Que pensez-vous de la rentrée de Franck Ribéry ?
T.H. : On va voir ça tout le temps ! La communion qu'il a avec le public, c'est extraordinaire. En plus, il était dans son jardin, dans le Nord. Tant mieux pour lui, ça lui permet de rentrer tout de suite dans le bain. Dès qu'il est rentré, on l'a cherché pour essayer de le mettre le plus à l'aise possible. C'est un joueur qui ne calcule pas. Il va vers l'avant. Il joue simple. Sur une action où tout le monde qu'il ne passerait pas, il s'en sort par sa ténacité, sa technicité mais aussi son envie. C'est un joueur que j'aime beaucoup. Il n'y a pas beaucoup de joueurs dans le monde qui peuvent prendre la balle et accélérer comme ça. Lui, il peut le faire. C'est bien pour l'équipe de France d'avoir des jeunes comme lui qui poussent. On a vu que, sur une petite action, il peut décanter une situation. Il nous a obtenu un penalty. On a voulu qu'il le tire mais il a refusé.