Thuram : "Je réfléchis"
| Si la France sera au Mondial, Lilian Thuram ne sait pas s'il sera en Allemagne l'année prochaine. Déçu par ses dernières prestations lors d'éliminatoires qu'il espérait plus faciles, le défenseur pourrait arrêter s'il juge ne pas pouvoir disputer une saison pleine au haut niveau. Interview ! |
LILIAN THURAM, ça doit être un soulagement que la France se soit qualifiée pour le Mondial ? L.T. : Soulagement, je ne sais pas si c'est le mot. C'est avant tout de la joie. Les qualifications ont été difficiles. Pour ma part, avec les équipes qui étaient proposées à la France lors du tirage au sort, je pensais que la qualification serait plus facile. Mais il faut surtout retenir que l'équipe de France sera présente en Allemagne. C'est une bonne chose que la France se soit qualifiée pour la Coupe du monde parce que ça a été difficile tout au long de la compétition. A l'arrivée, ça se termine bien. On va aller en Allemagne. C'est quelque chose de nouveau et il va falloir s'y préparer. Tu es revenu pour obtenir cette qualification. Aujourd'hui, as-tu le sentiment du devoir accompli ? L.T. : Je n'ai jamais pris ça comme un devoir. A un moment donné, l'équipe de France a cru bon de me rappeler. Je suis revenu et, aujourd'hui, l'équipe de France est qualifiée. Voila, c'est tout. Je crois que Zidane ou moi, qui sommes revenus en équipe de France, on espérait cette qualification. Elle est arrivée et on passe à autre chose maintenant. Pour moi, je dois avouer que c'était assez bizarre. Déjà, le fait de revenir au Stade de France, je ne m'y attendais pas mais, avant le match, je n'étais pas très, très bien. Surtout qu'on n'avait pas les mêmes vestiaires. Et quand l'arbitre a sifflé et que la France s'est qualifiée, je suis rentré directement dans les vestiaires parce que, si la France m'a rappelé, c'est pour avoir un peu plus de chances de se qualifier et puis voilà. C'est vrai qu'on n'a pas vu d'explosion de joie à la fin du match... L.T. : Non, il n'y a pas eu d'explosion de joie. C'est peut-être parce que j'ai joué pas mal de matches en équipe de France au cours desquels j'ai déjà vécu des joies intenses. J'avais l'impression que c'était simplement le début de quelque chose. L'équipe de France sera à la Coupe du monde mais ça n'est pas une finalité. D'après toi, ton retour comme ceux de Zidane ou Makelele ont-ils marqué un tournant ? L.T. : Je ne sais pas. Je dois avouer que je ne regardais pas trop les matches de l'équipe de France avant de revenir. Mais je reste persuadé qu'elle aurait pu se qualifier sans le retour de Zidane, Makelele ou Thuram. Mais je me trompe peut-être. C'est ensemble. Tout au long de ces qualifications, le problème venait surtout d'un manque de confiance. Cette confiance, qui n'a pas été trouvée sur le terrain, a peut-être été apportée ces trois joueurs. C'est juste ce petit quelque chose qui manque pour débloquer les choses. La France sera en Allemagne l'année prochaine. Et toi ? L.T. : On verra. J'espère que je serai en forme physique pour aller à la Coupe du monde. Depuis quelques temps, j'ai été souvent blessé. Ça fait à peu près deux mois que j'ai repris la compétition avec mon club et l'équipe de France. A l'arrivée, j'ai fait très peu de matches à un niveau physique acceptable. C'est donc unobstacle d'ordre physique ? L'envie est toujours là ? L.T. : La question est de savoir si je suis bien physiquement. Il ne faut pas se leurrer. J'ai entendu des personnes dire que, à partir du moment où un joueur joue encore en club, il doit aussi jouer en équipe de France. Mais je crois que ces personnes ne savent ce qu'est le haut niveau. Ça demande beaucoup d'énergie et c'est tout à fait normal qu'on puisse s'arrêter et mener une réflexion pour savoir si on peut vraiment tout faire. Dans le football comme dans la vie, quelque chose que l'on fait à 20 ans, on ne le fait pas aussi bien à 40. Donc il y a une réflexion à mener. L'équipe de France est qualifiée, je suis content mais on verra... Ça ne veut pas dire que je vais arrêter. Et où en es-tu dans cette réflexion ? L.T. : Je suis en train de réfléchir pour savoir si je vais pouvoir faire une saison pleine en jouant en club et en sélection. Mais je réfléchis intelligemment. C'est juste une question que je me pose. En janvier, je vais avoir 34 ans donc c'est une réflexion naturelle. Déjà l'année dernière, je dois avouer que j'avais fait une bonne saison parce que j'avais l'impression de faire un autre métier, c'est-à-dire que j'avais parfois trois jours de repos entre mes matches, j'avais le temps de récupérer. Cette année, c'est une nouveauté. Est-ce que je vais pouvoir tenir le rythme ? Tu t'es fixé une échéance ? L.T. : Ça n'est pas quelque chose qui se décide dans une semaine ou quinze jours. Je verrai comment je serai physiquement à ce moment là. Au fur et à mesure, dans la saison, je crois qu'on saura rapidement comment je suis. On saura si je suis apte à tenir le niveau, c'est aussi simple que ça. Il faut savoir quand il faut arrêter et quand il faut continuer. Je veux simplement être bien dans mon corps car, à ce moment là, je pourrais avoir des rendements suffisants. Si je suis diminué en venant en équipe de France ou si je dois sauter des matches avec mon club pour la sélection, je ne serai plus en accord avec moi-même. La Juventus peut-elle faire pression pour que tu arrêtes l'équipe de France ? L.T. : Non, je ne crois pas. La Juventus me connaît très bien et elle sait que je vais tout faire pour jouer du mieux possible en club. Il n'y a pas de problème de ce côté là. Mais disputer une Coupe du monde, ça te fait encore rêver ? L.T. : Bien sûr, une Coupe du monde ça fait rêver |