Equipe de France - Préparation à la Coupe du monde 2006 - «TOUT Compte»
"Encore loin de la compétition"
« Raymond Domenech, l'équipe de départ contre l'Allemagne sera-t-elle très différente de celle du Costa Rica ? Il y a deux options. Celle qui consiste à ne pas trop changer sa valeur. Dans un tournoi comme la Coupe du monde, on accumule de la fatigue. La capacité à réagir peut être un critère de jugement pour certains. Mais la fatigue risque de se faire sentir. Ce n'est pas une crainte ? Au contraire, je l'espère. C'est dans les moments difficiles que se révèlent les capacités mentales des joueurs. Quand tout est facile, tout le monde est beau. Quand tout est difficile, les signes de faiblesse apparaissent. Il y a ceux qui craquent et ceux qui lèvent la tête. C'est peut-être ce match là qui va nous mettre dans cette situation. L'équipe de France a eu du mal à conserver le ballon en première période, mercredi. Est-ce une invitation au changement ? Oui, mais personne n'est entré à la mi-temps pour transformer le match. C'est toute l'équipe qui s'est pris en charge. C'est vraiment le collectif qui n'allait pas en première période. On n'était pas dans le match, personne n'y était. On regardait le Costa Rica, les spectateurs, on pensait qu'on allait marquer comme ça ! Le fait qu'ils aient réagi relativise quand même l'échec de la première. Que savez-vous de cette équipe d'Allemagne ? Difficile de juger. Jürgen Klinsmann a fait plus de changements que moi, vraiment beaucoup d'essais. Tout ce que je connais, c'est le talent individuel de quelques-uns. L'Allemagne a des ambitions offensives. On ne va pas se plaindre. Quinze buts en cinq matches de Coupe des confédérations, c'était bien. Klinsmann a déclaré qu'il serait heureux de gagner le match d'ouverture 5-4. Je suis d'accord. L'Allemagne a un potentiel offensif énorme, elle peut marquer un but à tout le monde, on le sait. A-t-elle des faiblesses ? Je ne peux pas me permettre. On reconnaît les faiblesses d'un adversaire quand on l'a rencontré, pas avant. Ce match reste-t-il une affiche à vos yeux ? Pour moi, qui suis de la génération Séville (1982), qui ai connu l'Allemagne championne du monde (1974), le Bayern dominant en Europe (trois C1 en 1974, 1975, 1976), oui. En plus, j'ai vécu dix ans en Alsace. J'ai côtoyé les Allemands de près au moment où ils dominaient le football. J'y ai appris beaucoup de choses. Je venais de Lyon où le foot se jouait sur 3 mètres, tout en vitesse. A Strasbourg, c'était au minimum 30 ou 35 mètres. Ça a changé en bien ma façon de voir le football. Je ne suis pas sûr que ça a le même parfum pour les joueurs. L'objectif est-il d'aligner la meilleure équipe en prévision de juin 2006 ou la meilleure équipe du moment ? Je ferai la meilleure équipe possible du samedi 12 novembre. Maintenant, tout compte. Je ne compose pas des équipes ou des formules pour les jeter à la poubelle. Je note tout, j'enregistre tout et chacun marque des points, même si nous sommes encore loin de la compétition. Mais il y aura très peu de matches d'ici au Mondial. Est-ce que ça rend plus important le contenu de ces rencontres internationales ? Si j'avais dix matches, ce serait plus facile de faire tourner. Mais, on ne peut juger que là-dessus. Il y aura encore la Slovaquie le 1er mars, et il faudra faire une liste. Ce qui va se passer dans les clubs sera aussi important. Ce sera un équilibre entre les deux.
William Gallas a encore fait part de son impatience, mercredi, car il se trouve trop «trimballé» sur le terrain. Je lui répète depuis longtemps qu'il est exceptionnel. Gallas est unique au monde, le seul capable d'évoluer aux quatre postes défensifs en étant le meilleur à chaque fois. Je peux l'aligner partout les yeux fermés. Du reste, Mourinho fait exactement la même chose, et c'est un grand entraîneur. Vous répétez souvent qu'une défense a besoin de stabilité. N'est-il pas légitime qu'il aspire, lui aussi, à cette stabilité ? Il en a le droit. Moi, j'ai le devoir de faire une équipe équilibrée où tout le monde sera le plus opérationnel possible. A gauche il est bien, à droite il est bien, dans l'axe il est très bien. Je peux l'utiliser partout. Il dit que son plaisir disparaît. Quand je le vois sur le terrain, je n'ai pas ce sentiment-là. Il est le seul à avoir joué les seize matches depuis que je suis sélectionneur. Plus de confiance, c'est difficile. Je ne peux pas avoir de meilleure réponse. Je n'ai pas l'impression de l'avoir fragilisé, au contraire. Une équipe ne se construit pas en fonction d'un seul joueur. C'est la solution globale qui est plus importante. Parfois, ça se fait un peu aux dépens de quelqu'un. Et encore, on ne peut pas juger qu'il a été défavorisé en changeant de poste à chaque fois. Il me paraît indispensable défensivement. Il faudrait que je l'essaye dans le but. Quel regard portez-vous sur votre défense depuis le retour de Lilian Thuram ? Elle est globalement satisfaisante. On peut toujours faire mieux. Mais ne pas prendre de but relève de l'utopie. Une forme de solidité est là. On a rarement eu les mêmes joueurs et la même équipe, mais à l'heure actuelle, je suis satisfait. La blessure d'Eric Abidal devrait l'éloigner des terrains jusqu'en février. Sera-t-il trop tard pour une participation à la Coupe du monde ? Mars, avril, mai : il restera trois mois. Je ne sais pas dans quel état il sera. Son manque d'expérience peut-il le fragiliser ? Oui, mais la concurrence reste ouverte pour tout le monde. Ceux qui seront les plus utiles à l'équipe par leur potentiel, leur maturité ou leur fraîcheur feront partie de la liste. On verra ça en mai. Les Argentins viennent de sortir Messi de la boîte. Un joueur peut éclater en quatre mois. Le facteur enthousiasme joue aussi dans un tournoi comme la Coupe du monde. En 1998, Henry et Trezeguet n'avaient pas de passé international très important. Sa blessure rouvre un peu le dossier du latéral gauche. Moi, je n'ai pas de souci. Il y a toujours débat. Tant mieux ! Rien n'est figé pour personne. Avez-vous une hiérachie en tête pour vos latéraux ? A gauche : Gallas. A droite : Gallas. Dans l'axe : Gallas. D'abord Gallas, c'est la hiérarchie. J'ai commencé par la gauche ? C'est vrai...
ABIDAL OUT PLUSIEURS MOIS
La blessure qui a conduit Eric Abidal à quitter les Bleus dès la 12e minutes de France - Costa Rica, mercredi (3-2), est sérieuse, et directement liée à la fracture du métatarse qui l'avait éloigné des terrains pour trois mois le 15 juillet dernier, révèle "L'Equipe" dans son édition de vendredi. L'IRM passée au lendemain du match sur ce même pied gauche a révélé une fissure du cal. Rentré à Lyon, Eric Abidal va consulter le professeur Moyen et devrait s'orienter vers une opération, accompagnée ou non de la pose d'une broche. Au mieux, Eric Abidal ne rejouera qu'en février 2006. Il lui restera trois mois pour reconquérir sa place à Lyon et en équipe de France.
Depuis le seizième de finale de Coupe de la Ligue perdu contre Nantes (1-1, 3-4 t.a.b.) qui l'avait vu sortir à la mi-temps, Abidal jouait comme s'il sentait qu'il n'était pas à l'abri d'une rechute. Il portait un strapping, par prudence, et s'est blessé seul, son pied étant entraîné par le dénivelé du terrain. Abidal aura participé à sept bouts de match depuis son retour.
C'est un coup dur pour Lyon, où personne ne souhaite commenter l'événement pour l'instant. Il devrait permettre à Jérémie Berthod de retrouver son poste sur le côté gauche de la défense, et à Sylvain Monsoreau de voir croître son temps de jeu. Il devrait aussi conduire Raymond Domenech à confirmer William Gallas sur le côté gauche en équipe de France, ou à donner une première titularisation à Franck Jurietti, samedi contre l'Allemagne. Sur la foi d'une très bonne sortie en mai contre la Hongrie (2-1), le Lyonnais avait semblé réserver sa place. Il lui faudra patienter.
Par ailleurs, Patrick Vieira, non utilisé en Martinique, a confié à "L'Equipe" qu'il était très incertain pour le match du Stade de France. «Physiquement, j'ai joué les trois dernières rencontres avec la Juve sans être à 100%, dit l'ancien capitaine. J'ai un début de pubalgie. C'est une blessure qui évolue lentement. Je sens que ça tire et, maintenant, une raideur dans le dos s'est installée. Si je ne fais rien pendant deux ou trois jours, ça va. Si je rejoue, ça va me faire mal. Par exemple, j'ai du mal à frapper. J'ai parlé avec le coach. Rien n'est décidé. Il me faut un peu de patience et que j'accepte de me soigner.
Difficile de concevoir une titularisation dans un tel contexte.
LES CONFRONTATIONS
Il s'agit de la trentième confrontation entre l'équipe de France et une sélection allemande. A ce jour, les Bleus ont rencontré sept fois l'Allemagne (trois fois depuis la réunification en 1990 et quatre fois l'Allemagne d'avant-guerre), quinze fois la République fédérale allemande (RFA) et sept fois la République démocratique allemande (RDA). Pour un bilan favorable: 12 victoires, 7 nuls et 10 défaites. La première de ces confrontations remonte au 15 mars 1931 avec une victoire française 1-0 à Colombes. La dernière confrontation franco-allemande s'était soldée par une victoire mémorable des Bleus (3-0) à Gelsenkirchen, le 15 novembre 2003, avec un but de Henry et un doublé de Trezeguet. Les Bleus restent d'ailleurs sur cinq victoires consécutives face à une sélection allemande. Leur dernière défaite remonte à un revers 1-0 contre la RDA en 1987, en qualification à l'Euro 1988.
LES GRANDS FRANCE-ALLEMAGNE
Si la demi-finale de la Coupe du monde 1982 à Séville reste évidemment le match référence des France-Allemagne, d'autres oppositions sont restées dans l'histoire entre les deux pays, opposés samedi au Stade de France en match de préparation au Mondial-2006 de football.
Göteborg-1958 : Match pour la 3e place du Mondial-58. Les Bleus, battus par le Brésil (2-5) en demi-finale, s'imposent 6-3 pour se hisser pour la première fois de leur histoire sur le podium d'une Coupe du monde. Ce 28 juin 1958, l'attaquant français Just Fontaine marque quatre buts établissant, avec 13 buts inscrits lors de cette Coupe du monde suédoise, le record, inégalé à ce jour, de buts inscrits dans une phase finale.
Séville-1982 : C'est, pour la génération Platini-Giresse-Tigana, le match référence. Celui où, malgré la défaite aux tirs au but (3-3 a.p, 4-5 aux t.a.b.) au bout de la nuit espagnole, les Bleus se sont décomplexés en passant si près de la finale d'une Coupe du monde. Durant la prolongation, les Bleus mènent 3-1 grâce à Marius Trésor et Alain Giresse avant de se faire rejoindre, passant en une poignée de minutes de la plus grande des joies, à l'image du plaisir de Giresse après son but, à la plus extrême des détresses, celle de Maxime Bossis, qui rate le tir au but décisif. Le souvenir du gardien allemand Harald Schumacher, auteur d'une sortie kamikaze sur Patrick Battiston, hantera des générations d'attaquants français au terme de ce qui est l'un des matches les plus intenses jamais joué par la France.
Guadalajara-1986 : Quatre ans après Séville, nouvelle demi-finale de Coupe du monde contre l'Allemagne. Ereintés par leur quart de finale épique face au Brésil (1-1 a.p., 4-3 aux t.a.b.), les Bleus ne sont que l'ombre d'eux-mêmes pour ce 25 juin 1986 à Guadalajara. Menés d'entrée 1-0 sur un coup franc de Andreas Brehme (9e minute), les Bleus s'inclinent 2-0 après un but en fin de match de Rudi Voeller. Une page se tourne pour la génération Platini qui, les uns après les autres, tireront leur révérence dans les mois suivants et la France, non qualifiée pour les Euro-84 et 88 ni pour le Mondial-90, ne disputera plus de tournoi majeur jusqu'à l'Euro-1992.
Gelsenkirchen-2003 : Les Bleus réalisent ce soir-là l'une des meilleures performances à l'extérieur de leur histoire récente, du même ordre qu'en Angleterre (2-0) en février 1999 ou qu'en Roumanie (3-1) en 1995. Les Français, étincelants et supérieurs dans tous les domaines, s'imposent 3-0 grâce à un but d'Henry et un doublé de Trezeguet. «A la fin, ça ressemblait plutôt à une leçon» de football, juge le lendemain le journal populaire allemand Bild am Sonntag. L'Allemagne a l'occasion samedi de prendre sa revanche. (AFP)